Femme lisant un roman de romance et réfléchissant à ses attentes amoureuses

La romance donne-t-elle des attentes irréalistes? Et si elle nous apprenait plutôt à ne plus nous contenter du minimum?

Il y a une critique que nous, lectrices de romance, connaissons bien.

« Ces livres donnent aux femmes des attentes irréalistes. »

À force de lire des héros beaux, attentifs, protecteurs, passionnés, capables d’écouter leur partenaire et de se montrer particulièrement investis dans son plaisir, nous finirions par attendre la même chose des hommes dans la vraie vie.

Et forcément, le pauvre homme réel aurait bien du mal à rivaliser.

Parce que le héros de romance, lui, n’est jamais fatigué.
Il ne laisse jamais traîner ses chaussettes.
Il sait toujours quoi dire.
Il remarque immédiatement quand quelque chose ne va pas.
Il a un physique parfaitement proportionné.
Et, accessoirement, il semble disposer d’une énergie sexuelle qui ferait pâlir un marathonien. 😂

Alors oui.
Il y a une part de fantasme.
Heureusement.

Mais est-ce vraiment cela que nous cherchons lorsque nous refermons un roman ?
Ou est-ce que la romance fait quelque chose de beaucoup plus intéressant ?

Et si elle ne nous apprenait pas à demander l’impossible…
mais simplement à ne plus nous contenter du minimum ?

Le héros de romance n’est pas parfait. Il est attentif.

C’est probablement ce qui m’a le plus frappée dans ma conversation avec Morgane Dal Maso, sexothérapeute et praticienne en psychotraumatologie, que j’ai reçue récemment sur ma chaîne YouTube.

Nous parlions de ces fameux héros de romance qui nous font tant d’effet.
Et derrière les muscles, le regard ravageur, l’uniforme, le costume trois pièces ou le fameux statut de milliardaire, il y a quelque chose de beaucoup plus simple.

Ils sont à l’écoute.

À l’écoute de leur partenaire.
De son corps. De ses envies. De ses émotions.
Et surtout, ils sont souvent capables de créer une connexion émotionnelle.

C’est peut-être cela, finalement, qui nous fait autant fantasmer.

Pas seulement l’homme extrêmement séduisant qui nous plaque contre un mur.
Mais celui qui sait aussi nous regarder et nous demander : « Qu’est-ce que tu veux ? »
Et qui écoute réellement la réponse.

Ce n’est pas exactement la même chose.

La Romance fait évoluer nos attentes

Il y a quelques décennies, certaines caractéristiques du héros romantique étaient déjà présentes.

Le cowboy protecteur.
Le duc puissant.
Le milliardaire autoritaire.
Le mauvais garçon qui cachait finalement un cœur tendre.

Les archétypes ont changé, mais le principe reste le même : le héros représente quelque chose que nous désirons.

Ce qui change, en revanche, c’est peut-être ce que nous considérons aujourd’hui comme désirable.
Nous avons davantage de mots pour parler de nos besoins.
Nous parlons davantage de charge mentale, de consentement, de désir, de communication dans le couple, de limites et de santé sexuelle.

Alors forcément, nos héros évoluent eux aussi.
Et peut-être que c’est aussi pour cela que nous nous attachons autant à certains d’entre eux.
Parce qu’au-delà du fantasme, ils représentent parfois une façon d’être aimé qui nous parle.

Mais attendre plus ne signifie pas attendre l’impossible

C’est là que je trouve la question des « attentes irréalistes » particulièrement intéressante.

Parce qu’il faut évidemment faire la différence entre fantasme et réalité.

Non, notre partenaire n’a probablement pas le temps de nous regarder comme si nous étions la seule femme sur Terre pendant trois heures après avoir préparé le dîner, couché les enfants et vidé le lave-vaisselle.

Non, il ne va probablement pas avoir envie de nous faire l’amour avec une créativité débridée tous les soirs à 22 h 17.

Et non, un homme de 45 ans qui travaille huit heures par jour, a des enfants et dort mal n’a probablement pas l’énergie d’un héros de romantasy de 150 ans à moitié dragon. 😂

La romance triche.
Et c’est précisément pour cela qu’on l’aime.

Elle sélectionne les moments.
Elle accélère les émotions.
Elle supprime une bonne partie du quotidien.
Elle ne nous raconte pas les 45 minutes pendant lesquelles le héros cherche ses clés.

Elle nous raconte le moment où il les retrouve dans la poche de sa veste…
et où il embrasse l’héroïne contre la porte d’entrée.

C’est une histoire.
Pas un mode d’emploi du couple.

Mais derrière le fantasme, il y a parfois quelque chose de beaucoup plus réaliste.
Vouloir être écoutée n’est pas irréaliste.
Vouloir que notre partenaire s’intéresse à nous n’est pas irréaliste.
Vouloir pouvoir parler de nos envies sans être jugée n’est pas irréaliste.
Vouloir être respectée. Désirée. Considérée. Écoutée.

Et se sentir émotionnellement en sécurité dans son couple…
ce n’est quand même pas demander la lune.

Et si le problème n’était pas qu’on en demande trop ?

C’est probablement la question que je me pose le plus depuis cette conversation.

Parce que peut-être que nous ne découvrons pas forcément de nouvelles « exigences » grâce à la romance.

Peut-être que nous redécouvrons simplement des besoins que nous avions oubliés.
Ou que nous avions fini par considérer comme secondaires.

Quand nous lisons une héroïne qui est écoutée, désirée, touchée avec attention, regardée avec envie, nous pouvons soudain nous dire :
« Attendez… pourquoi est-ce que ça me fait autant d’effet ? »

Et parfois, la réponse est assez simple.
Parce que cela correspond à quelque chose que nous aimerions vivre.
Pas nécessairement exactement comme dans le livre.
Pas avec un milliardaire tatoué qui possède un hélicoptère et un domaine en Toscane.
Mais avec quelqu’un qui fait attention à nous.
Quelqu’un qui prend soin de la relation.
Quelqu’un qui a envie de savoir ce qui nous plaît.
Quelqu’un qui nous regarde encore comme une femme désirable.

Et là, je crois que la romance peut avoir un rôle assez formidable.
Elle peut réveiller une envie.

La sexualité ne commence pas dans la chambre

C’est un autre point qui m’a particulièrement intéressée dans ma discussion avec Morgane.

Nous avons beaucoup parlé de sexualité, évidemment, puisque c’est son domaine.
Et une idée est revenue plusieurs fois : le désir ne fonctionne pas comme un interrupteur.

On ne passe pas nécessairement de :
« Je suis épuisée, j’ai eu une journée de dingue »

à : « Très bien, faisons l’amour maintenant. »

Il y a tout ce qui se passe avant.
La complicité. L’attention. Le contact.
Les petits gestes. Les conversations.
Le sentiment d’être désirée.
La sensation d’être regardée comme une personne et pas uniquement comme un corps disponible.

Et même l’imaginaire.

C’est aussi pour cela que les scènes d’amour dans une romance commencent rarement au moment où les vêtements tombent.
Le désir est déjà là.
Il s’est construit dans les pages précédentes.
La scène d’amour est souvent l’aboutissement d’une connexion qui existe déjà.
Et c’est probablement ce qui la rend excitante.

Une scène de romance peut réveiller quelque chose

J’ai d’ailleurs eu plusieurs fois des retours de lectrices assez amusants à ce sujet.

Des femmes qui m’ont raconté avoir lu une scène dans l’un de mes romans…
puis avoir eu envie d’essayer quelque chose avec leur partenaire.

Une fois, une lectrice m’a même raconté en dédicace qu’elle avait testé avec son mari une pratique décrite dans La Love Compagnie.
Elle avait 55 ans. Moi, à l’époque, j’en avais une trentaine.
Et je vous laisse imaginer ma tête lorsqu’elle m’a raconté tout cela avec le plus grand naturel pendant que son mari, à côté, avait manifestement décidé de devenir soudainement extrêmement discret. 😂

Mais avec le recul, je trouve cette anecdote beaucoup plus intéressante qu’elle n’en a l’air.
Parce que cette lectrice n’avait pas simplement « reproduit une scène de livre ».
Elle avait trouvé une idée.
Une porte vers quelque chose de nouveau. Un prétexte pour sortir de la routine.
Et peut-être simplement l’autorisation de se dire : « Tiens. Et si on essayait ? »

C’est aussi cela, l’imaginaire.

La romance ne dit pas forcément « faites comme eux »

Elle dit parfois simplement : « Et vous, qu’est-ce qui vous ferait envie ? »

C’est très différent.

Parce qu’un fantasme n’est pas nécessairement un projet.

Nous pouvons fantasmer sur un milliardaire dominateur sans avoir envie de rencontrer un milliardaire dominateur demain matin.

Nous pouvons aimer un héros de mafia qui tuerait la terre entière pour protéger l’héroïne sans vouloir croiser un mafieux dans la vraie vie.

Nous pouvons fantasmer sur un homme qui nous plaque contre un plan de travail…
sans avoir besoin de transformer immédiatement notre cuisine en scène de cinéma. 😏

Le fantasme n’est ni un aveu, ni un contrat, ni un projet de vie.

Il peut simplement être un espace dans lequel nous explorons ce qui nous attire.
Et parfois, il nous permet de mettre des mots sur quelque chose que nous ne savions même pas désirer.

Le vrai sujet, finalement, c’est peut-être la connexion

À force de parler de « héros parfaits », on pourrait croire que nous cherchons des hommes extraordinaires.

Je ne suis pas certaine que ce soit le cas.

Je crois plutôt que nous cherchons souvent une relation extraordinaire dans des choses très ordinaires.

Un homme qui écoute.
Qui fait attention.
Qui prend soin de lui.
Qui prend soin de sa partenaire.
Qui sait qu’une femme est aussi un sujet de désir.
Qui ne considère pas son plaisir comme un bonus facultatif.
Qui comprend que la sexualité est une expérience à deux.
Et qui peut, tout simplement, avoir envie de faire plaisir à la personne qu’il aime.

Morgane me racontait d’ailleurs avoir accompagné des hommes qui, avec les années, venaient consulter non pas uniquement pour résoudre une difficulté sexuelle, mais avec une question beaucoup plus touchante :
« Qu’est-ce que je peux faire pour que ma femme me désire à nouveau ? »

Ça, pour moi, c’est profondément romantique.

Parce qu’on n’est plus dans la performance.
On est dans la curiosité. Dans l’envie de comprendre l’autre.
Dans l’envie de retrouver quelque chose ensemble.

Et si nous avions simplement le droit de vouloir plus ?

Je crois que c’est finalement là que je me situe.

Je ne pense pas que la romance doive servir de référence absolue à nos relations.

Un roman est un roman.

Nos partenaires sont des êtres humains.
Ils sont fatigués. Ils ont leurs défauts.
Nous aussi.

Ils oublient des choses.
Nous aussi.

Ils peuvent être maladroits.
Nous aussi.

Et heureusement.
Parce qu’une relation parfaite serait probablement assez ennuyeuse à écrire et à lire.

😂

Mais je refuse aussi l’idée selon laquelle avoir des attentes élevées reviendrait forcément à avoir des attentes irréalistes.

Ce n’est pas parce qu’un héros de romance est fantasmé que tout ce qu’il représente est irréaliste.

On peut retirer les muscles.
Le milliardaire. L’uniforme. Le château. Le dragon.
Le scénario improbable.

Et garder l’essentiel.
L’écoute. Le respect.
Le désir réciproque.
La complicité.
La sécurité émotionnelle.
L’envie de prendre soin de l’autre.

Et ça, franchement…
ce n’est pas trop demander.

Alors, est-ce la romance qui nous donne des attentes irréalistes ?

Peut-être que la vraie question est ailleurs.

Et si la romance ne créait pas nos attentes, mais les révélait ?

Et si elle nous permettait de découvrir ce qui nous attire ?

Ce qui nous rassure ? Ce qui nous fait vibrer ?
Ce que nous aimerions retrouver dans notre propre couple ?
Ce que nous avons peut-être oublié avec le temps ?

Parce que la vie fait ce qu’elle fait de mieux.
Elle nous occupe.

Le travail. Les enfants. Les courses.
La charge mentale. Les factures.
Les journées trop longues.
La fatigue.

Et quelque part au milieu de tout ça, il arrive qu’on oublie d’être une femme.
Ou un homme.
Ou simplement un couple.

La romance, elle, vient parfois nous rappeler que nous sommes aussi des êtres de désir.

Qu’il existe encore une part de nous qui a envie de papillons, de regards, de frissons, de complicité et de découverte.

Et peut-être que ce n’est pas une mauvaise chose.

Peut-être que le problème n’est pas que nous lisons trop de romances.

Peut-être que nous avons simplement arrêté de nous demander ce qui nous ferait du bien.

Alors non.
Je ne pense pas que nous sortions d’un roman en nous disant :
« Pourquoi mon mari n’est-il pas un héros de romance ? »

Je crois que la question peut être beaucoup plus intéressante :
« Qu’est-ce qui me ferait, moi, me sentir aimée, désirée, écoutée et vivante ? »

Et ça…

je trouve que c’est une bien jolie question à se poser. ❤️

🎥 J’en ai parlé avec une sexothérapeute

Cette réflexion est justement au cœur d’une longue conversation que j’ai eue avec Morgane Dalmasso, sexothérapeute et praticienne en psychotraumatologie, sur ma chaîne YouTube.

Nous avons parlé de romance, de fantasmes, de désir féminin, de green flags, de sexualité, de routine, de connexion émotionnelle…

Et surtout de cette fameuse question :
Est-ce que la romance nous donne vraiment des attentes irréalistes ?

Je vous laisse découvrir notre conversation juste ici :

Et si vous ne retenez qu’une chose de cet échange, peut-être celle-ci :

Le fantasme n’est pas forcément là pour nous apprendre ce que nous devons vivre. Il peut simplement nous aider à découvrir ce que nous désirons.

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